
Pourquoi Azur et Asmar ?
Michel Ocelot : J’ai voulu traiter d’un problème ordinaire aujourd’hui en France (et en Occident) : l’animosité entre les citoyens récents et les citoyens de souche. Si j’ai pensé aux Mille et unes nuiots, c’est que je suis un conteur : j’ai besoin de princesses et de djinns pour transmettre mon message. Et cela me permettait aussi d’évoquer la brillante civilisation islamique du Moyen Âge qui a beaucoup contribué au développement de la nôtre.
Aux sources du merveilleux
Michel Ocelot : L’histoire est à peu près originale. J’ai glané des éléments à droite et à gauche. L’oiseau Saïmourh (ou rock), je l’ai rencontré dans les miniatures persanes. La superstition des yeux bleus m’a frappé : qu’une beauté, une pureté devienne une malédiction en traversant la mer (pour certains) était bien un sujet de fable. L’amour de la nourrice m’a été apporté par un Anglais entendu à la radio : il parlait de ses retrouvailles, trente ans après, avec la nourrice libanaise qui l’avait nourri. Ils ne pouvaient pas se reconnaître, ils ne comprenaient pas leurs langues, mais elle l’a accueilli comme son fils. C’était extrêmement émouvant, et cela m’est resté. Quant à Crapoux, c’est le portrait de l’émigré qui fait tout mal, qui ne cesse de critiquer le pays où il est au lieu d’y être heureux. Ce fut aussi mon cas lorsque je me suis retrouvé à Angers après avoir passé mon enfance en Afrique : tout était gris, mouillé, je ne connaissais pas les codes. J’ai été hostile à ce pays pendant dix ans au lieu d’en voir les beautés.
Un film en français et en arabe
Michel Ocelot : Je pense qu’il faut être bilingue, au moins en esprit : une des causes de l’hostilité, c’est l’igorance.
Un film en 3D
Michel Ocelot : Kirikou est du dessin animé, des milliers et des milliers de dessins faits à la main sur du papier.
Azur et Asmar est de l’animation informatique en trois dimensions. Les premières indications sont encore des dessins sur papier, mais on en fait des marionnettes sur ordinateur. On les voit sur l’écran, et avec la souris, on les fait tourner, bouger peu à peu, comme quand on dessine.
Mère et nourrice
Une maman témoigne : « Quand j’ai voulu faire garder ma fille, j’avais le choix entre deux nounous. Elles me plaisaient autant l’une que l’autre, mais j’ai choisi la nounou marocaine. Pour moi c’était important que ma fille découvre une autre culture. »