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Interview de Michel Ocelot

Propos recueillis par Orianne Charpentier
Sept ans après le remarquable succès de Kirikou et la sorcière, son réalisateur michel ocelot nous présente Kirikou et les bêtes sauvages, qui a attiré près de
2 millions de spectateurs, un record historique pour un film d'animation français.


Comment est né ce deuxième film ?
Michel Ocelot : Dans mon esprit, il n’était pas question de faire un Kirikou n° 2.
À défaut d’un nouveau long métrage, les éditions Milan m’ont demandé des petits livres dont Kirikou serait le héros. Deux albums ont ainsi été publiés*. Le producteur du premier Kirikou a alors suggéré que ma collaboratrice de longue date, Bénédicte Galup, s’en inspire pour réaliser deux courts métrages destinés à la télévision. Peu à peu, le projet s’est développé, poussé par toutes sortes de personnes, et a pris la forme d’un long métrage de cinéma. Kirikou, c’est moi, et je m’y suis remis. Après un échange avec trois autres scénaristes, j’ai écrit le scénario et les dialogues, et je me suis attelé à la coréalisation avec Bénédicte. C’était fascinant de retrouver Kirikou comme il y a sept ans, aussi vrai.

À la fin du premier Kirikou, votre héros devient un homme. On le retrouve pourtant petit garçon dans ses nouvelles aventures…
M. O. : En effet, car ce deuxième film n’est pas une suite de Kirikou et la sorcière … Ce sont des souvenirs, un retour au village de l’enfance, à la vie à la campagne, en compagnie du plus craquant des petits frères. Cette fois, l’énergique gamin devient jardinier, potier, détective, voyageur et médecin… Plus encore que dans le premier Kirikou , le film accorde une grande importance à la musique, ce qui vient naturellement si l’on veut célébrer l’Afrique. Les créations de Manu Dibango accompagnent l’histoire, telle une symphonie africaine, et donnent même parfois leur rythme au montage et au dialogue.

Justement, racontez-nous votre enfance en Afrique. En quoi le fait de grandir en Guinée a-t-il influencé votre démarche d’artiste ?
M. O. : Je n’ai connu que du bonheur en Afrique. J’allais à l’école à Conakry. J’étais entouré de gens bienveillants, détendus. Il y avait des catholiques, des protestants, des animistes et des musulmans. C’était naturel, et j’ai assimilé cette décontraction. J’ai aussi appris les couleurs, j’ai des souvenirs de jubilation à regarder les passants dans la rue. J’étais conscient de la beauté des gens, des vêtements, des paysages…

Comment êtes-vous venu à l’animation ?
M. O. : J’ai commencé à dessiner tout enfant, comme tout le monde. J’ai continué. J’ai aussi beaucoup bricolé, joué, et, peu à peu, je me suis intéressé à toutes les activités artistiques. J’ai fini par faire des études d’art, et j’ai réalisé que le cinéma d’animation comblait toutes mes envies. Je n’ai pas fait d’études d’animation, mais tout ce que je faisais depuis ma petite enfance me préparait à ce métier qui me va. Quand je rencontre des enfants, je leur dis : « Trouvez ce que vous voulez faire, et faites-le ! »

Pourriez-vous définir votre évolution, depuis vos premières réalisations ?
M. O. : On ne peut pas vraiment parler d’évolution. Mes longs métrages, je les réalise avec la même innocence et la même passion que mes courts métrages. J’essaie de toucher le public, d’inventer des histoires qui apportent quelque chose, d’offrir de la beauté. Je ne cherche pas à être habile, à avoir l’air intelligent, mais à être honnête en ne faisant que ce en quoi je crois, et en le faisant du mieux que je peux. La seule différence, c’est que je suis passé du statut d’artiste inconnu à celui de « monsieur Best-Seller » !

Avez-vous été surpris par le succès ?
M. O. : Oui et non. Je ne partais pas perdant. Avec mes courts métrages, j’avais déjà reçu des prix internationaux, j’étais reconnu dans le monde de l’animation. Et j’étais sûr de mon sujet, et j’avais une bonne équipe qui avait fait un superbe travail. Ce que je n’avais pas prévu, c’est la nature du succès, à quelle profondeur j’ai touché les gens, et en particulier les très jeunes. Je suis dérouté par l’âge de mes premiers spectateurs : 18 mois ! Mais j’ai toujours été conscient de la capacité des enfants à suivre des choses sérieuses, à deviner le sens d’éléments inconnus ou à emmagasiner l’incompréhensible, pour comprendre plus tard. Faire des films où un enfant comprend tout, c’est commettre un mauvais film et une mauvaise action : on n’aide pas l’enfant à grandir.






Il aura fallu deux ans
pour réaliser Kirikou et
les bêtes sauvages:
de l’écriture du
scénario à l’animation,
en passant par la conception du story-
board, la fixation des dialogues, le montage
des voix, la mise
en place du lay-out –
qui consiste à créer un dossier complet pour chacun des
1 200 plans du film, avec les indications des mouvements de
caméra, les dialogues…
De quoi faire travailler d’arrache-pied
une équipe de cent personnes, à Paris, Angoulême, mais
aussi au Vietnam
et en Lettonie.




 

 

 

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