x
amour amitie intimite enfant

Amitié, amour, intimité : comment accompagner l’enfant ?

À partir de quel âge les enfants peuvent-ils avoir un chagrin d’amour ? Comment les accompagner dans la découverte de leur corps et de leur intimité ? Pour répondre à ces questions délicates, nous avons interrogé Edwige Egger, psychologue et psychothérapeute. Elle exerce en crèche, en PMI et dans les écoles, de la maternelle à la 3e.

Quels sont les liens affectifs des bébés avec les autres ?

Chez le bébé, les parents sont un tout, et il leur donne un amour entier, inconditionnel. Dans les crèches, certains enfants ont un élan affectif privilégié envers d’autres enfants. Ces amitiés électives apparaissent assez rapidement vers 18 mois ou 2 ans et peuvent durer longtemps. C’est à l’école maternelle que le groupe est plus grand et que les amitiés électives sont les plus remarquables.

Est-il possible qu’un enfant souffre de l’absence d’un camarade, lors du passage en maternelle ?

Si l’enfant présente des difficultés d’adaptation à l’école maternelle, cela peut faire partie des choses qui le font souffrir. Mais je l’ai rarement entendu de la part d’enfants qui étaient en crèche. Quand il y a une séparation douloureuse, c’est plutôt avec la nounou.

Que faut-il faire pour que ça se passe bien ?

Il faut mettre des mots, c’est essentiel. Parfois, on peut faire des projections et imaginer ce que ressent un enfant et on se trompe. Mais dans ce cas-là, l’enfant le fait savoir. Il est fréquent, lorsqu’un enfant est un peu agressif ou éprouve des difficultés à s’intégrer à l’école maternelle, qu’il y ait un lien avec un changement de vie et, parfois, un manque ou une nostalgie de la nounou ou des autres enfants qui étaient présents. Mais quand on met des mots sur ce malaise, en général, ça apaise les enfants beaucoup. Ils se sentent compris.

Après 5 ans, l’enfant peut-il se sentir rejeté s’il n’a pas « d’amoureux » ?

C’est possible, mais j’en ai rarement entendu parler. Je ne suis pas sûre qu’un enfant aille vers quelqu’un qui ne veut pas de lui. À cet âge-là, ils sont vraiment dans leur élan. L’amoureux éconduit n’existe pas. Mais il peut y avoir des rivalités entre enfants.

C’est aussi l’âge de la découverte de leur corps ? Quels gestes doivent alerter les parents ?

C’est délicat. S’ils découvrent leur corps ensemble, cela peut faire partie des jeux d’enfants et des explorations qui sont importantes et constructives à cet âge-là. Mais un enfant qui demande à un autre de se déshabiller s’il n’est pas consentant ou qui se met tout nu sans raison, il faut s’interroger. C’est une question sensible, parce que c’est un âge où ils sont dans l’exploration mutuelle. Parfois, on s’alarme très vite mais il faut prendre le temps de voir l’attitude des enfants.

Que faut-il faire dans ce cas ?

Il faut laisser parler l’enfant. Il ne faut pas l’alerter en le questionnant. S’il a quelque chose à dire, il faut l’écouter et voir ce qu’il se passe dans la réalité, voir ce qui le questionne, l’inquiète ou ce qui le touche. En général, les enfants qui font leur exploration corporelle n’en parlent pas. Ils comprennent assez vite que cela fait partie de leur intimité. L’exploration corporelle se fait entre 3 et 6 ans.

Après 7 ans, c’est l’âge de l’intimité ?

Oui, elle peut commencer plus tôt, mais à partir de 5 ans on peut dire aux enfants que leur corps leur appartient, que personne n’a le droit d’y toucher sans leur consentement, y compris les parents.

Et si un enfant est triste parce qu’il n’a pas d’amoureux ?

Cela va dépendre de son âge. Après 7 ans, si cela se produit, il faut rassurer l’enfant en lui disant que c’est normal de ne pas trouver tout de suite un amoureux ou une amoureuse et que cela finira par arriver. On peut l’encourager à se rapprocher d’un autre enfant dans le cas d’un refus. Puis, on peut essayer de parler avec l’enfant pour savoir ce qu’il voudrait mais il faut surtout le rassurer en dédramatisant.

Et pour celui qui est très amoureux et qui va vivre une déception ? Comment le parent doit-il intervenir ?

Le plus difficile pour un parent, c’est d’être disponible pour écouter ses enfants. Il faut que l’enfant puisse vivre et faire ses découvertes, et que le parent n’anticipe pas sur ses propres inquiétudes. Et on peut également limiter l’enfant, si on sent qu’il veut en faire trop dans l’espoir de se faire aimer comme il le souhaite, en lui disant que ce qu’il a fait est suffisant.

Quels conseils donnez-vous en règle générale ?

Rester disponible à tout ce que l’enfant peut manifester et ne pas l’empêcher, si à 2 ans il veut serrer dans ses bras un autre enfant, ou si à 4 ans il a des petits jeux avec un autre sans que vous le sachiez… Il faut être à l’écoute et dire, vers 4-5 ans, sans dramatiser ni avec angoisse, que c’est son corps et que c’est lui qui en dispose. Il faut que, petit à petit, les parents lâchent le contact corporel avec l’enfant qui grandit.

Pour en savoir plus sur Edwige Egger

13 février 2018